Un bol d’air pour les familles
Le texte de loi constitutionnelle qui est proposé sur le principe de l’accueil continu des élèves du canton est juste et équilibré. Tous les problèmes de la loi d’application doivent encore être réglés.
Vite déposer son enfant chez sa grand-mère, qui habite heureusement à cinq minutes de la maison. il est 6h30. la séance avec des clients débute à 8 heures, on sera juste à l’heure. À 7h40, la nounou viendra chercher le fiston chez "Mamy" pour l’amener à 8 heures à l’école... parce que la grand-mère travaille également à 60%, mais elle ne commence qu’à 8h30... Quelle famille active n’a pas connu cette situation éprouvante et non satisfaisante pour tous, parents comme enfants? Des familles qui sont de plus en plus nombreuses, comme en atteste un rapport fédéral de 2008 sur les familles en Suisse. Selon cette étude, l’organisation familiale la plus fréquente est basée sur un schéma type: la mère exerce une activité professionnelle à temps partiel et le père occupe un emploi à plein temps. Ce sont donc les mamans qui organisent leur vie professionnelle en fonction des enfants et ce sont elles qui doivent le plus souvent concilier emploi et famille. D’où ce constat, toujours relevé par ce rapport: le manque d’offres de structures d’accueil extra-familial représente l’obstacle principal pour les femmes qui souhaiteraient s’investir dans leur profession. Or, l’accueil continu fait précisément partie des offres qui amélioreraient la situation actuelle.
On voit de plus en plus d’enfants "trimbalés", levés à 6 heures du matin chez une grand-mère ou une nounou, et le scénario recommence le soir. Pour certains enfants, c’est un véritable parcours du combattant
Plus d’un enfant sur deux au parascolaire
À Genève, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ces dix dernières années, alors que le nombre d’élèves est resté stable, le parascolaire a doublé sa capacité d’accueil. Lors de la rentrée scolaire 2010, quelque 20'000 enfants de l’enseignement enfantin et primaire sur 35'000 étaient inscrits au Groupement intercommunal pour l’animation parascolaire (GIAP), qui assure depuis 1994 la gestion du parascolaire. Plus d’un enfant sur deux fréquente ainsi les cuisines scolaires et/ou le parascolaire.
À ce propos, il faut savoir que les charges sont réparties en fonction de la population des communes membres du GIAP et de la fréquentation parascolaire sur leur territoire. L'état assume 10% du coût public, les communes prennent en charge les 90% de ce même coût.
Le contre-projet rallie tous les partis
On se souvient qu’une première tentative d’horaires continus a émergé en 2008, avec l’initiative 141 du Parti radical intitulée "Pour l’accueil continu des élèves durant l’école obligatoire". Cette initiative, qui ébauchait des solutions pour que les parents puissent concilier vie professionnelle et familiale, n’a pas été approuvée par le Grand Conseil. Rappelons que si les Libéraux se sont opposés à cette initiative, ce n’était pas sur la notion d’accueil continu en elle-même, mais sur la formulation proposée. en effet, le texte était trop détaillé pour s’inscrire au niveau d’une loi constitutionnelle. L’initiative a d’ailleurs été retirée. Par ailleurs, des députés Libéraux ont relevé que la question des degrés scolaires n’était pas abordée de façon adéquate. L’initiative évoquait en effet des solutions globales et identiques pour les élèves de l’école primaire et pour ceux du Cycle d’orientation, alors que chacun sait que leurs besoins sont foncièrement différents. Bref, si ce texte a effectivement permis de lancer le débat, il était imparfait.
Une possibilité, mais pas un droit!
Le Grand Conseil a donc décidé d’opposer un contreprojet à cette initiative, avec le souci, clairement énoncé par les Libéraux, d’apporter une argumentation qui se distinguerait à la fois de l’initiative 141 et de l’initiative vaudoise jugée très (trop) semblable.
Ce contre-projet, élaboré par la commission de l’enseignement, a eu le mérite de rallier tous les partis. De plus, il satisfait les exigences du Parti libéral sur une question qui lui est chère – l’accueil à journée continue – tout en maintenant l’idée que cet accueil ne doit être considéré ni comme une obligation ni comme un droit. Il s’agit d’une possibilité offerte aux parents, et pas un droit exigible. en ce sens, les Libéraux ont clairement affirmé que s’ils souhaitent mettre en avant le besoin des familles, ils rejettent l’idée de créer un nouveau service public préposé à l’accueil et refusent de charger le Département de l’instruction publique de nouvelles et lourdes tâches. Ils tiennent à différencier les tâches de l’école (les devoirs) de celles de l’animation parascolaire ou socioculturelle.
Enfin, les Libéraux souhaitent réserver cette possibilité d’accueil à l’enseignement enfantin et primaire et maintenir une participation financière adaptée à la situation de chaque famille. Il ne s’agit pas d’un service gratuit!
Claude Aubert, Député au Grand Conseil, pédopsychiatre de profession

